Bernard Minier : sa mise au point sur son nouveau roman "Ruptures" et Elon Musk... "Je ne tiens pas à avoir ses avocats sur le dos"

Rédigé le 06/05/2026
Frédérick Rapilly

Comment vous est venue l’intrigue de Ruptures ?

Bernard Minier.  Je précise que Milton Gail, le milliardaire de  Ruptures , n’est pas Elon Musk. Je ne tiens pas à avoir ses avocats sur le dos, même si mon personnage est un mogul de la tech, qu’il fait fabriquer des voitures électriques et qu’il envoie des fusées dans l’espace.  (Rires)  Le déclic, je l’ai eu après une grande panne de courant électrique le 28 avril 2025. Elle a complètement paralysé l’Espagne pendant une dizaine d’heures. J’étais au téléphone via WhatsApp avec une amie espagnole, celle qui m’a inspiré le personnage de Lucia Guerrero, l’enquêtrice de la Guardia Civil que l’on retrouve pour la troisième fois dans un de mes romans. Tout à coup, plus rien. J’ai cru que sa batterie de téléphone s’était déchargée. J’ai compris en regardant les infos en France. Un pays entier était à l’arrêt. Plus d’électricité, plus de feux, plus de réseaux sociaux… J’ai eu envie de parler de ça dans  Ruptures , de notre dépendance totale à ces milliardaires de la tech qui nous font progresser au pas de charge, quitte à abandonner les plus faibles sur le côté.

"Les milliardaires se voient comme des êtres exceptionnels"

Et pourquoi des meurtres de femmes enceintes ?

Parce que ces "gens", je veux dire ces milliardaires, ont une obsession : faire des enfants. Je n’invente rien. Elon Musk a quatorze enfants connus. Mais il en aurait plus d’une centaine, nés de différentes femmes porteuses. Lui, mais aussi Pavel Durov  (le fondateur de la messagerie Telegram, ndlr)  et d’autres géants de la tech, appartenant à ce que l’on appelle la "néo réaction", pensent que les femmes sont d’abord des "ventres". Ils adhèrent à ce qu’écrivait le philosophe grec Polybe en 150 av. Jésus-Christ, à savoir que le déclin du monde hellénistique était corrélé à la baisse de la procréation. Ils se voient comme des êtres exceptionnels, honnis et vénérés, et développent de la paranoïa. Mark Zuckerberg s’est ainsi fait construire un bunker sur l’archipel d’Hawaï, inaccessible à part pour lui et ses proches.

Comment avez-vous travaillé pour ce thriller ? Avez-vous rencontré Elon Musk, par exemple ?

Non, en revanche, j’ai lu tous les livres possibles sur lui. Je me suis aussi rendu dans les lieux décrits, notamment à Seattle, aux États-Unis, qui accueille l’équivalent d’une deuxième Silicon Valley, avec les sièges de plusieurs grandes compagnies de la tech. J’ai côtoyé des policiers, etc. Quand je dis que je n’ai pas rencontré Musk, ce n’est pas tout à fait vrai.  (Rires)  J’étais un jour à Los Angeles avec mon amie photographe, la jeune femme ayant servi de modèle à Lucia. Un guide nous a emmenés du côté de Bel-Air, où était située l’une des propriétés d’Elon Musk. Et là, à travers un trou dans une palissade, mon amie l’a aperçu en short avec un de ses enfants et sa compagne de l’époque, la chanteuse Grimes. Elle m’a passé son appareil. Je l’ai vu, et donc on peut dire que, techniquement, j’ai "shooté" Elon…