Veuf, Joseph vit replié dans son atelier d’ébénisterie. La présence patiente de sa fille, Aude (Maud Wyler), est son seul rempart contre l’isolement. Le sexagénaire a aussi un fils, Manuel, avec lequel il est en froid. L’espoir d’une réconciliation est à jamais perdu, lorsque Joseph apprend la mort tragique de son fils et de son compagnon dans un crash aérien. Les époux laissent derrière eux Rita, une mère porteuse qui va bientôt accoucher de leur enfant en Belgique.
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Avec cette adaptation du roman Le Berceau, de Fanny Chesnel , le cinéaste continue d’explorer des thèmes qui lui sont chers, la paternité, la filiation, le deuil, qu’il abordait déjà dans Les Confins du monde (2018), avec Gaspard Ulliel, et Valley of Love (2015), où Isabelle Huppert et Gérard Depardieu partaient sur les traces de leur fils suicidé. « Le livre était à l’opposé des structures narratives assez complexes que j’affectionne habituellement, où j’aime laisser le spectateur face à ses doutes. Ce récit compréhensible par tous m’a permis d’aborder le mélodrame sans autre souci que l’empathie et l’émotion », développe Nicloux. Rappelons que la GPA, interdite en France, où la loi condamne lourdement ceux qui y ont recours, est éthiquement acceptée en Belgique, bénéficiant d’un vide juridique.
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Être ou ne pas être le grand-père de cet enfant « tombé du ciel » ? Telle est la question que se pose Joseph, campé par le volubile Fabrice Luchini , que l’on n’attendait pas dans ce rôle de taiseux. Pourtant il s’est imposé dès l’écriture du scénario : « Fabrice a nourri mon imaginaire, confie le cinéaste. Il me semblait qu’il y avait un espace qu’il n’avait jamais investi, celui du deuil et de l’émotion qui l’accompagne. » …
ET UNE RÉVÉLATION
Loin de ses habituels hâbleurs, l’acteur a mis sa verve en sourdine et interprète avec grâce et simplicité le taciturne futur papy : « Je n’avais jamais joué un personnage qui soit à ce point-là dans le rien. Joseph est un type vidé de tout, qui part d’un univers très sombre et qui, paradoxalement, et de manière presque prophétique, sent peu à peu qu’il va vers la vie en mettant toute son énergie à retrouver la femme qui porte l’enfant de son fils. » Indéniablement Guillaume Nicloux est parvenu à faire sortir Luchini, réputé indomptable, de sa zone de confort.
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La Belge Mara Taquin , révélation du film, en 2023, y a contribué. Dans le rôle de la volcanique Rita qui, évidemment se vit comme autre chose qu’un ventre et dont les sentiments que lui inspire cette grossesse ne sont pas si simples. Elle fait des étincelles face au monument Luchini. Ce dernier est élogieux : « Elle a le potentiel d’une future Annie Girardot. Sans Rita, il n’y a pas de film. Son personnage offre à Joseph la possibilité d’être très vacant. Parce qu’elle, elle ne l’est pas du tout, vacante. Elle, est pleine, remplie, de vie, d’enfant, de jeunesse, de colère. »
À travers ce duo classique (l’association des contraires), La Petite se révèle aussi un film sur la volonté de croire en des lendemains qui chantent et sur l’incessant combat à mener contre les préjugés et les chemins tout tracés.
La Petite, dimanche 1er février à 21h10 sur France 2