Âmes sensibles s’abstenir… En 1999, au Sierra Leone, on massacre, on mutile : la vie ne compte pas. Enfants soldats, réduits en esclavage dans les mines ou parqués dans des camps de réfugiés, les civils sont les dommages collatéraux de la guerre que se livrent les troupes gouvernementales et les milices du Front révolutionnaire unifié (FRU) pour le contrôle du pays et de ses richesses diamantifères. Les pierres précieuses servent à financer l’achat d’armes : on les surnomme les Diamants de sang ( Blood Diamonds , en anglais). Officiellement, leur vente est prohibée sur le marché. Entre 1991 et 2002, alimentée par un business de l’ombre, la guerre civile au Sierra Leone a fait des centaines de milliers de morts.
À lire également
Aviator (Arte) - Leonardo DiCaprio : "La biographie de Howard Hughes, qui ne quittait pas ma poche"
Une réalité tragique
Habitué des fresques guerrières, Edward Zwick (Glory ; Le Dernier Samouraï…), s’empare de cette réalité africaine tragique et signe un grand film, épique et bouleversant. « Avant de lire le scénario, confesse-t-il, je n’avais qu’une vague idée de la réalité des Diamants de sang. Plus j’en ai appris à leur sujet, plus j’ai été horrifié, et plus j’ai été décidé à raconter cette histoire ». Selon le réalisateur américain, « La conscience politique peut être éveillée par une œuvre de divertissement autant que par des discours. »
Pour porter son message, le cinéaste recrute la plus grande star hollywoodienne. Défenseur de l’environnement et citoyen engagé, Leo DiCaprio adhère à sa vision politique du cinéma. Une fois n’est pas coutume (à l’époque), il accepte d’incarner un anti-héros cupide. Mais comme il s’agit d’un blockbuster hollywoodien, il y aura de la rédemption dans l’action.
À lire également
DiCaprio excelle
En salaud à l’étoffe de héros, l’acteur excelle autant qu’il séduit. Le voilà dans la peau de Danny Archer, ex-mercenaire sud-africain reconverti dans le trafic de diamants qui lorgne une pierre rose cachée par Salomon Vandy (joué par l’impressionnant Djimon Hounsou ), un pêcheur échappé d’une mine tenue par le FRU. Contre le caillou à deux millions de dollars, Archer lui promet de retrouver son fils enrôlé comme enfant soldat.
À lire également
Pour être crédible en dur à cuir, DiCaprio s’est soumis à un entraînement en brousse avec des vétérans de la guerre en Angola : « Je n’ai jamais autant souffert. Mais ces gars-là ne m’ont pas seulement aidé à me conditionner physiquement. En me racontant leur histoire, ils m’ont permis de forger le caractère d’Archer ». Et comme son personnage était originaire de Rhodésie du Sud, l’actuel Zimbabwe, Leo a aussi bossé l’accent ! Toutefois, la star confesse que le plus grand enseignement, sinon la plus grande claque, fut psychologique : « Tourner en Afrique et rencontrer des personnes touchées par ce conflit m’a profondément marqué. Je ne pouvais imaginer une telle misère ». Et d’ajouter satisfait du travail accompli : « C ’est rare de faire un film qui soit à la fois divertissant et porteur d’une histoire aussi importante. »
Avant le tournage, l’industrie du diamant s’est inquiétée de la mauvaise image que pourrait véhiculer le film. Communiqués de presse, vaine polémique... Ce qui n’a pas manqué de réjouir DiCaprio qui, en plus de déclarer qu’il ne verrait plus jamais les diamants avec le même regard, a salué cette pub inespérée pour le film.
Blood Diamond, dimanche 15 mars à 21h00 sur Arte