Alexandra Lamy met en lumière le plaisir féminin dans son dernier film : "Le sujet est encore tabou"

Rédigé le 25/04/2026
Julien Barcilon

Faire du plaisir féminin le thème d’une comédie populaire est-ce encore culotté en 2026 ?

Alexandra Lamy Je le pense. Reem Kherici a décidé de se lancer après s’être posé la question suivante «  Pourquoi je m’interdis de le faire ?  » En y réfléchissant, elle s’est dit que c’est un vrai sujet de cinéma et que d’en faire une comédie était un très bon moyen de s’en saisir. Quand elle m’en a parlé, j’ai trouvé ça génial. Je me suis dit : «  Enfin !  » C’est encore tellement tabou.

Pourtant, pour la presse féminine, c’est ce que l’on appelle « un marronnier » depuis longtemps…

C’est vrai. On a beau répéter que la parole se libère, mais dans la vie on en parle très peu. Pendant plus de deux mille ans, le plaisir a été stigmatisé comme un péché. Aujourd’hui, on mutile encore des filles dans plein de pays, et même en France, comme je peux le voir dans mon engagement auprès de La Maison des Femmes. Dans les tournées en province, des sagesfemmes, des gynécologues, des sexothérapeutes nous disent que tous les jours dans leurs cabinets, le plaisir féminin est un sujet. C’est fou.

Alexandra Lamy : " À 50 ans, on lâche tout"

C’est un thème un peu cassegueule : quel écueil fallait-il vraiment éviter ?

La vulgarité. Reem a toujours choisi l’élégance. On est là pour parler, pas pour montrer : la force du cinéma est de suggérer. C’était à mes yeux aussi important que l’humour. Ce qui m’a emballée, c’est qu’il s’agit également d’une histoire d’amour, d’un couple qui s’aime depuis vingt ans, qui brise le silence et affronte le problème ensemble.

Vous êtes-vous trouvé des résonances avec Fanny, votre personnage ?

Là où je me suis retrouvée en elle, c’est qu’à 50 ans, elle décide d’être libre et de dire désormais ce qu’elle veut et désire. C’est ce que j’ai ressenti en passant ce cap. À 50 ans, on lâche tout !

Dans le film, on apprend que 30 % des femmes sont anorgasmiques, c’est-à-dire qu’elles n’ont jamais eu d’orgasmes...

C’est la preuve que le sujet est tabou. Encore une fois, les femmes ne connaissent pas leur corps. Difficile, dans ces conditions, d’en parler. Pour le plaisir est une comédie de santé publique. Elle va créer des débats et des ébats, selon le bon mot d’un spectateur ! Vous n’imaginez pas le nombre de femmes, et d’hommes aussi, qui nous disent merci.