Lauréate du prestigieux Prix Albert Londres, en 2015, pour Voyage en Barbarie , Delphine Deloget s’est illustrée dans le monde du documentaire, avant de rejoindre la fiction avec ce drame social et judiciaire.
A Brest, Sylvie élève seule ses deux fils comme elle peut. Le soir, elle travaille au bar d’un café-concert et laisse Sofiane, le cadet, à la charge de son grand frère adolescent, Jean-Jacques (Félix Lefebvre). Un soir que ce dernier tarde à rentrer, le petit garçon se brûle avec l’huile bouillante de la friteuse. La blessure est sans gravité, mais l’hôpital alerte les services sociaux. Accident ? Manque de surveillance ? Maltraitance ? La machine judicaire se met en marche. Sofiane est placé en foyer, sa mère intimée de mettre de l’ordre dans sa vie. Mais comment faire preuve de bon sens lorsque la pagaille règne en permanence dans l’appartement, qu’un grand frère toxicomane (Arieh Worthalter) cuve dans votre lit et que l’on rentre du travail au petit matin ?
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Sans remettre en cause la nécessité du placement en tant quel, la réalisatrice interroge ce qui reste d’une famille quand elle a explosé, l’utilité d’être séparé, mais aussi la rigidité kafkaïenne des services sociaux. « C’est le procédé et l’engrenage qui conduisent parfois à des aberrations administratives et juridiques qui m’intéressait », note Delphine Deloget, qui a rencontré des familles d’enfants placés, écouté des enregistrements entre les parents et les services sociaux, discuté avec des avocats, et passé plusieurs jours dans le bureau d’un juge pour enfants. « Toutes les scènes où entrent en jeu les institutions ont été inspirées d’histoires racontées par des parents, mais aussi par des assistantes sociales. Pour moi, la justesse de ces scènes avec les services sociaux était indissociable d’une certaine vérité », estime-t-elle.
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Un western social
La réalisatrice évite néanmoins le film dossier pour brosser le portrait plein de vie d’une femme qui ne renonce jamais, malgré des obstacles insurmontables. Dans le rôle de cette maman instable, qui n’en est pas moins aimante, Virginie Efira cavale, hurle, se révolte, se bat tel Don Quichotte contre des moulins pour récupérer son « petit crapaud », s’efforce de rentrer dans le rang et fini par péter un câble parce que l’écoute n’y est pas… On l’aime sans forcément se dire qu’elle a toujours raison ! « J’ai ramené une chose que je n'adore pas trop chez moi, une énergie un peu « bad », un truc un peu énervant comme si on oscillait entre le tranquillisant et l’éruption », confie l’actrice, dont l’héroïne en perpétuel état d’urgence électrise le film. « J’avais besoin de montrer des personnages totalement en prise avec la vie, dans leur insouciance, dans leur travers pour trouver l’équilibre entre la brutalité du réel et la beauté du romanesque », conclue la réalisatrice de cet inattendu western social résolument tourné vers la lumière, dont on sort tout de même un peu sonné.
Rien à perdre, dimanche 29 mars à 21h10 sur France 2