Le rap français perd l’une de ses voix les plus singulières. Dooz Kawa est décédé ce lundi 29 décembre 2025. L’annonce a été faite par son label, Modulor Records, dans un message publié sur Instagram. L’artiste laisse derrière lui sa compagne et leur fils, Milo, ainsi qu’une œuvre marquée par une écriture rare et profondément poétique. De son vrai nom Franck, né de parents allemands, l’artiste découvre le rap très tôt. À 12 ans, il commence à écrire, avant de composer ses premiers morceaux quatre ans plus tard et de monter sur scène au sein du collectif T-Kaï Cee, en Alsace. Une trajectoire artisanale, façonnée par l’underground, qui le mènera à publier en 2010 son premier album, Étoiles du Sol , fruit d’une rencontre décisive avec le guitariste de jazz manouche Biréli Lagrène.
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Un artiste empreint de poésie
Pour annoncer sa disparition, Modulor Records a choisi les mots plutôt que les explications, sans préciser les circonstances du décès. "D’une espèce à part, celui qui faisait partie du parti des oiseaux s’est envolé. Le bad boy de Marseille, Strasbourg, Genève et Toulouse, s’est fait la belle dans une nuit éternelle" , écrivent les représentants du label. Ils poursuivent, dans un texte à l’image de l’artiste : "Il laisse derrière lui le rap en PLS et une tristesse infinie. On lui offre un bouquet de proses sous forme de pot pourri dans la lumière grise de Grenoble, London, et Paris. La mauvaise graine à fleur de peau a finalement trouvé sa place, enracinée dans nos cœurs. Nos pensées vont vers sa femme et Milo, et tous ceux qui l’ont soutenu et aimé. Faisons briller encore son astre de mille feux, car rappelez-vous qu’les étoiles du sol c’est nous. Merci 12 KO" .
Une démarche artistique revendiquée
Dooz Kawa s’était imposé comme une figure montante du rap français, reconnu pour ses textes ciselés et ses influences musicales hybrides, mêlant jazz, sonorités d’Europe de l’Est et inspirations tziganes. Une identité artistique qui l’a distingué dans un paysage souvent formaté, et qui lui a valu une reconnaissance bien au-delà du cercle du rap. Après Étoiles du Sol , il publiera cinq autres albums, trois EP, et un dernier opus en 2024. Son plus grand succès reste Me faire la belle , sorti en 2016, un titre qui totalise aujourd’hui plus de 15 millions d’écoutes sur Spotify. Un morceau devenu emblématique de son univers.
Invité à s’exprimer sur son travail dans des conférences, notamment à Sciences Po ou à l’École normale supérieure, Dooz Kawa revendiquait une approche intellectuelle et sensible du rap. "J'essaie d'apporter quelque chose en plus comme une approche philosophique ou poétique" , expliquait-il à La Dépêche . Adolescent, il taguait déjà les murs de la caserne de son père militaire avec la signature “KWA”, soit “King With Attitude”, avant que le pseudonyme Dooz, inspiré du nombre 12, accompagné de deux zéros, ne s’impose durablement.
Les fans en deuil
La disparition de Dooz Kawa intervient quelques mois après celle de Werenoi, mort le 17 mai dernier à 31 ans, plongeant un peu plus dans le deuil le monde du rap. Sur Instagram, les messages sont déjà nombreux. "Je crois que c'est la première fois que je suis aussi touchée par la mort d'un artiste", a commencé un internaute. Et d'autres d'ajouter : "Tristesse absolue", "Tristesse infinie pour mon camarade de route... Heureux d'avoir fait un bout de chemin ensemble, à jamais orphelin de nos collabs", "Ton existence me rassurait, le monde a besoin de ta sagesse et de tes mots. Je suis si triste", "Merci pour la poésie, merci pour l’amour" mais aussi "Mon artiste préféré, celui dont je vantais la sagesse et la prose depuis plus de 10 ans à n'importe quelle personne que je rencontrais. Sa musique m'a aidé à avancer dans la vie".