Enchaînés (France 2) - Olivier Gourmet, abonné aux rôles de "salaud"

Rédigé le 06/05/2026
Hacène Chouchaoui

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce drame sur l’esclavage ? 

Olivier Gourmet : Charles Bellevue, mon personnage, propriétaire d’une plantation de café, réunit ces différentes nuances souvent contradictoires qui font la complexité de la palette humaine. J’ai trouvé sa psychologie intéressante à jouer. Ce drame traite aussi de l’attachement à un héritage, d’une maison, d’un domaine qu’il faut faire vivre malgré l’adversité qui s’acharne. Un cyclone a dévasté l’exploitation. Il est au bord de la ruine et ses esclaves sont les premiers à pâtir de cette situation. 

Il est aussi le père d’Isaac (Enzo Rose), un fils illégitime qu’il a eu avec une de ses esclaves … 

On voit qu’il porte cette faute qu’il a commise vingt ans plus tôt et qui continue à le ronger un peu même si ce n’est pas très visible. Il s’efforce toutefois de ménager ce jeune homme. Il ne l’a pas envoyé aux champs, préférant en faire un charpentier, une activité moins pénible. Il l’exempte des tâches les plus difficiles. À un moment, Charles ira même jusqu’à lui confier qu’un jour, il portera son nom. Une façon de réparer son erreur et de tenir compte de son existence. La présence de ce fils illégitime avec sa mère sur la propriété familiale va d’ailleurs être une source de problème avec Constance, son épouse (Elsa Lepoivre).

Connaissiez-vous l’île de la Réunion avant ce tournage ? 

Pas du tout. Je n’y étais jamais allé. C’est une île magnifique. Les figurants et la plupart des comédiens étaient des Réunionnais. Lors de nos discussions, ils nous ont fait part de leur satisfaction qu’on s’intéresse enfin à cette page douloureuse de leur histoire. 

Ce n’est pas la première fois que vous abordez l’esclavage et le fait colonial dans vos films… 

Exact. J’ai tourné dans Vénus noire  d’Abdellatif Kechiche (2010), un film basé sur l’histoire vraie de Saartjie Baartman, une Africaine qui a vécu au XIXe siècle. Je jouais Réaux, un forain qui l’exhibait comme une bête de foire. J’ai aussi joué des officiers français pendant la guerre d’Algérie dans Mon colonel  de Laurent Herbiet (2006), puis dans Qu’un sang impur … d’Abdel Raouf Dafri (2020). 

Comment la Belgique, votre patrie d’origine, assume-t-elle son passé colonial en Afrique ? 

La Belgique a commis des crimes abominables en Afrique. Le roi Leopold II, qui considérait le Congo comme sa propriété personnelle, a été à l’origine de centaines de milliers de morts. Dans les plantations d’hévéa, on a mutilé à tour de bras. Le sujet reste encore tabou. Ça se limite à quelques statues déboulonnées en catimini. 

Vous enchaînez les rôles de « salaud magnifique » En avez-vous d’autres en perspectiv e ? 

Je suis actuellement à l’affiche de  La Guerre des prix avec notamment Ana Girardot, un film d’Anthony Dechaux. J’interprète Bruno Fournier, le négociateur sans scrupules d’une centrale d’achat. Je vais aussi tourner, cet été, un film sur le naufrage de La Méduse, immortalisé par le tableau de Géricault. J’incarnerai le capitaine qui prend l’initiative de construire ce radeau de fortune. Un personnage égoïste et d’une grande cruauté. Un beau salaud en perspective ! 

Enchaînés, mercredi 6 mai à 21h10 sur France 2