Nikos Aliagas présente son exposition photo au musée de l'Homme : "J’ai voulu essayer de créer un dialogue avec nos anciens"

Rédigé le 26/04/2026
Benoît Lesueur

Pourquoi avez-vous voulu mettre en lumière cette thématique ?

Nikos Aliagas Ce n’est pas une exposition sur la vieillesse. J’ai voulu essayer de créer un dialogue avec nos anciens. Nous serons peut-être les anciens de demain, si on a la chance de vivre. Mon choix est de porter un regard sur ce qui reste encore hors du cadre de la pesanteur du temps. C’est une façon de ne pas oublier qu’ils nous regardent aussi et que nous avons une responsabilité à leur égard.

Personnellement, cela vous faitil peur, le temps qui passe ?

Je ne crains pas de vieillir, vraiment. Mais j’ai peur de ne pas vivre avec justesse et intensité chaque moment que m’offre la vie, d’être dans la complainte, de ne pas être encore émerveillé. J’aime passer des heures avec une petite dame de 80 ans dans un village où elle me raconte, où j’apprends, où je suis ému. À la fin, je me dis que je n’ai pas perdu mon temps à parler des autres, à scroller toute la journée sans aucune raison, mais que j’ai appris quelque chose.

Nikos Aliagas : " Je suis un nostalgique permanent "

Qu’est-ce que vous vous dites lorsque vous regardez vers le passé ?

Depuis l’enfance, je suis un nostalgique permanent. Mais je ne suis pas nostalgique de ce que je n’ai plus, je suis nostalgique de ce qui n’existe plus. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Quand je vois une maison, même de gens que je ne connais pas, qui est abandonnée, délabrée, qu’il n’y a pas de descendants, mais qu’il y a encore les traces de la vie de ceux d’avant, ça me touche. Il y a encore du papier peint, des jouets, des inscriptions… Parfois, il y a encore la marque sur le mur des enfants qui grandissaient. Et là, il n’y a plus personne. Où est passée leur vie ? C’est pour ça que je les photographie. Pour dire que moi, je me souviendrai d’eux. Tant qu’il reste un souvenir, c’est bien. Le monde n’est pas devenu aussi cruel et amnésique que l’on croit.

Et vous, que raconterait votre visage s’il était photographié ?

Ce n’est pas à moi de le dire ! En général, je ne m’aime pas en photo. Je fais semblant. Je ne me déteste pas non plus, mais je ne suis pas le mieux placé pour parler de moi. Je peux parler de la représentation professionnelle qui est celle de la télévision, où je sais comment faire mon bout de chemin et comment évoluer. Mais je ne sais pas ce que pourrait dire l’autre s’il me photographie. Peut-être : « Il était lui-même. Il n’était pas quelqu’un d’autre. » Ce serait déjà pas mal…