Comment va la romancière la plus lue de France en 2025 ?
Virginie Grimaldi (Rire) : Elle va très bien. Elle s’est lancée dans une nouvelle mission : faire un potager ! Il ne sera pas très grand, mais j’espère que mes légumes seront bons.
Quand vous n’écrivez pas, il parait que vous lisez les romans des autres…
C’est vrai. Quand je travaille sur un nouvel ouvrage, je suis tellement obsédée par l’histoire qui m’habite que je n’arrive pas à me concentrer sur autre chose. Une fois qu’il est terminé, je me rattrape : je note au fur et à mesure tous les livres dont j’entends parler et qui me donnent envie, puis je vais en librairie et je dévalise les rayons.
Maintenant que vos enfants sont plus grands, comprennent-ils ce besoin de vous isoler dans votre bulle pendant votre travail de création ?
J’écris pendant leurs journées d’école. Une fois qu’ils rentrent, je suis disponible pour eux, puis je me remets au travail lorsqu’ils sont couchés, souvent tard dans la nuit. Le plus petit, qui a six ans, a encore du mal à comprendre mon métier. Je crois qu’il me soupçonne de ne pas faire grand-chose de mes journées ! Un livre, des pages, c’est abstrait. Je ne pars pas le matin avec une tenue de travail et une mallette.
Ce voyage qui a bouleversé Virginie Grimaldi
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Est-ce que Flora et Line, vos personnages, sont arrivées naturellement dans votre esprit ?
Oui. Après la sortie de mon précédent livre, Les Heures fragiles , je pensais prendre plusieurs mois pour m’occuper de mon fameux potager et profiter de la vie. Mais cette histoire s’est logée dans ma tête et ne l’a plus quittée. Je suis heureuse de ne pas souffrir du syndrome de la page blanche. Pourtant, j’aimerais parfois que mon cerveau se mette sur pause. Quand je lis ou regarde un film, ça mouline dans ma tête et c’est parfois épuisant.
Cette histoire découle également de vacances que vous avez passées avec votre grand-mère…
Oui. Je suis partie avec elle en Italie, son pays d’origine, l’année dernière. Je savais que ce serait sans doute son dernier voyage : elle a 90 ans, et la logistique devient compliquée. Ma grand-mère nous a toujours baignés dans la culture italienne, ne serait-ce qu’à travers la nourriture. L’idée de ce roman s’est imposée lors de ce périple. Je me souviens d’une scène en particulier : nous étions en train de nous baigner toutes les deux dans la mer, elle dans sa grosse bouée, et elle m’a dit : "Ma Vivi, je suis dans ma Méditerranée" . Cette phrase m’a bouleversée. C’était une évidence : il fallait que j’écrive sur le déracinement et sur le lien entre une grand-mère, Line, et sa petite-fille Flora. Contrairement au personnage de Line, ma grand-mère a plus ou moins choisi son déracinement, puisqu’elle a suivi mon grand-père en France. Il n’empêche qu’elle a toujours parlé de l’Italie et du soleil de son enfance avec une part de nostalgie mêlée de chagrin. Elle portait au fond d’elle une grande part de regrets. Je voulais aussi évoquer le lien intergénérationnel, parce que le nôtre est magnifique, très fort. Ma grand-mère habite à cinq minutes de chez moi ; je vais la voir très souvent. C’est l’une des personnes les plus importantes de ma vie. Comme Flora, je serais prête à la kidnapper s’il le fallait ! Ce livre était aussi l’occasion d’écrire un dialogue entre deux femmes de générations différentes, qui n’ont pas forcément les mêmes idées, les mêmes vécus ou les mêmes histoires. Je trouvais beau de les faire se répondre, comme un échange sur l’époque et sur la condition féminine.
Virginie Grimaldi obsédée par le temps qui passe
Que c’est une manière pour moi de parler du temps qui passe. J’y pense tout le temps. C’est quelque chose qui m’obsède, qui me gâche parfois la vie, mais qui me permet aussi de profiter pleinement de chaque instant. Quand on se retournera à 80 ans, regrettera-t-on ce que l’on a fait, les priorités que l’on a données à certains aspects de notre vie ? L’un de mes grands regrets est de ne pas avoir emmené mon père en voyage. Quand j’en ai eu les moyens, il était déjà trop malade. Aujourd’hui, il n’est plus là. Je me suis un peu réparée en écrivant Les possibles en 2021, où je l’emmène, de manière fictionnelle, faire ce voyage.
Est-ce que votre grand-mère a lu votre livre ?
Absolument, elle a même été l’une des premières à le découvrir. J’ai fait une vidéo que je garde précieusement : on la voit lire les remerciements qui lui sont dédiés, en pleurant.
D'autres printemps (Editions Flammarion) est en vente depuis ce mercredi 6 mai.

