À partir de l’essai La Fin du courage de la philosophe Cynthia Fleury, une adaptation théâtrale voit le jour au théâtre de l’Atelier, à Paris, du 17 janvier au 8 mars, sous la direction de Jacques Vincey. Un projet qui interroge frontalement notre rapport contemporain au courage, à son érosion et à ce qu’il coûte désormais… À cette occasion, Cynthia Fleury et Isabelle Adjani, qui porte le texte sur scène, ont livré une réflexion dense et sans détour à nos confrères de Libération . Et disons-le, l’actrice ne s’est clairement pas contentée de formules convenues…
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Isabelle Adjani s'ouvre sans filtre sur le courage
Pour Isabelle Adjani, le courage ne se pense plus aujourd’hui comme il y a quinze ans, lorsque l’essai a été publié en 2010. Elle insiste d’emblée sur ce décalage temporel et symbolique et assure que "Le courage à cette époque, si proche et si lointaine, n’est plus le courage d’aujourd’hui. Le sens a changé" . Selon elle, les repères se sont déplacés sous l’effet d’un monde marqué par l’excès et la brutalité des rapports de force. "On a franchi des seuils dans la démesure, le spectacle de l’outrance du pouvoir. Tout déborde", a-t-elle analysé avant de précise rester "souvent sans voix", entre "sidération et vertige" . "Comment fait-on pour garder indemnes nos propres idéaux ou valeurs en étant sans cesse soumis au spectacle du droit du plus fort ?" , questionne-t-elle ensuite.
Une société impuissante ?
Interrogée sur ce qui rend le courage si difficile à mobiliser, Isabelle Adjani pointe un phénomène d’usure généralisée. Pour elle, le trop-plein d’informations finit par neutraliser toute capacité d’action. Elle explique que "L’accumulation des mensonges, cette folie de la surinformation et de la sous-information finit par épuiser par effet de saturation" . Cette fatigue morale conduit à une forme de renoncement collectif pour elle et "On n’a plus l’énergie de réagir, et par où commencer ? Quand, comment ?" . Elle évoque alors une société spectatrice de sa propre impuissance, rappelant l’étymologie du mot courage : "Nous étions devenus des spectateurs impuissants, fatigués du cœur – et le mot courage vient du latin cor, cœur ".
#MeToo, une forme de courage partagé
Plus inquiétant encore, l’actrice observe que toute tentative de résistance est immédiatement disqualifiée… "Aujourd’hui, le moindre acte de courage (ou tentative) est perçu comme une provocation, ou subversion, et la sanction arrive très vite. De quoi ressentir dans la foulée, épuisement et burn-out dans sa relation au monde. Personnellement je fais la funambule, je cherche l’équilibre, j’ai essayé de ne pas être paralysée par le vertigo", confie-t-elle avec poésie.
Malgré ce constat sombre, l’actrice souligne l’existence d’un courage collectif, incarné notamment par le mouvement #MeToo. Un élan qui a permis à de nombreuses femmes de rompre le silence. "Il y a un courage collectif dans le mouvement #MeToo. Beaucoup de femmes ont pris conscience qu’elles s’étaient automutilées pour supporter de dépasser l’ineffable agression quelle que soit sa forme", regrette-t-elle. Et de conclure sur ce qui rend enfin le courage possible : "Il y a une solidarité qui rend possible la prise de parole" .

