Le contact avec l’invité se fait-il facilement ?
Je suis toujours stressé avant chaque rencontre. Peu importe la personne que je vais avoir à côté de moi, c’est un peu comme un date. Tu ne la connais pas et pourtant tu sais que tu vas devoir échanger pendant un moment et rentrer dans son intimité. Je vais poser des questions sur l’enfance, parfois sur des problématiques rencontrées… Je ne sais pas combien on a tourné d’épisodes de Théo le taxi, mais on a toujours eu des personnes qui ont joué le jeu et qui se sont confiées. Donc c’est passionnant.
Pour avoir testé une interview avec vous dans cette voiture, on oublie vite qu’on est filmés !
Oui ! Dès qu’on roule, on ne sent plus qu’on est filmés alors qu’il y a 5 caméras accrochées au pare-brise et une lumière centrale qui éclaire nos visages. Ça peut être impressionnant au départ, mais dès qu’on démarre, on est pris dans le flow.
En plaisantant tout à l’heure, vous disiez que vous conduisiez à l’aveugle. Comment arrivez-vous à gérer la conduite dans les rues parfois embouteillées de banlieue parisienne et l’interview ?
J’ai une confiance aveugle en l’équipe qui travaille sur cette émission. On a déjà fait pas mal de trajets et donc de kilomètres. C’est vrai qu’au début, je n’étais pas aussi à l’aise et c’est normal, car il faut être constamment sur ses gardes quand on conduit, qu’on soit filmé ou non. Mais le dispositif fait que je suis à l’aise car j’ai une voiture ouvreuse devant moi et une autre derrière moi. Je ne fais pas du tout attention à l’itinéraire, je suis bêtement le van qui est devant moi tandis qu’ils me protègent aussi à l’arrière. Parfois, des personnes s’énervent car on roule très doucement. Donc ça klaxonne mais quand ils nous doublent, ils sont intrigués et finissent par comprendre.
Théo Curin sur sa conduite en banlieue parisienne
Les autres conducteurs vous reconnaissent ?
Je ne suis pas Beyoncé, je peux aller au restaurant tranquille avec mes potes, ça reste vivable. Mais quand les gens viennent vers moi, c’est beau et je le prends super bien. C’est une belle reconnaissance car ils sont, en plus, ultra-bienveillants. Quand ils me disent que ça leur fait du bien de passer un petit moment avec moi à la télé, c’est le plus beau des cadeaux pour quelqu’un comme moi.
Vous tournez 6 interviews à chaque journée de tournage de Théo le taxi. Comment vous sentez-vous à la fin de la journée après avoir recueilli autant de confidences parfois très fortes ?
Franchement, je suis lessivé après une journée de tournage. On pourrait croire que je m’écroule à la fin mais c’est tout l’inverse. Souvent, je ne repars pas tout de suite chez moi. Je vais voir les équipes de la rédaction dans les bureaux et je fais n’importe quoi. Je pense que malgré la fatigue, je reste encore dans l’euphorie. La pression redescend. J’accumule beaucoup de stress car j’ai envie de bien faire. J’ai conscience de la chance que j’ai que la chaîne et la production me fassent confiance.
Avez-vous été particulièrement marqué par une confidence d’un invité ?
Il y en a plein… C’est difficile de choisir un moment particulier parce que tous les invités se confient à moi. Dans l’épisode que l’on vient de tourner, Natasha St-Pier se confie sur le début de sa carrière. Elle l’a déjà évoqué dans certains médias mais ce n’est jamais évident, pour elle, d’en reparler. J’imagine à quel point ça a dû être un effort pour elle, donc ça me touche. Flore Benguigui (ex-chanteuse du groupe L’Impératrice, ndlr) nous a par exemple parlé de ce qu’elle a ressenti et de son groupe qui est devenu de plus en plus toxique, ce qui l’a poussée à partir. C’est vraiment courageux de se confier à ce sujet. Et ce qui me touche beaucoup aussi, c’est lorsqu’ils me disent que c’est passé trop vite lorsqu’on arrive à destination. Ça veut dire qu’on a tous bien fait notre travail, aussi bien à la production, qu’à la rédaction et dans le taxi.
Il y a toujours, aussi, un petit compliment sur votre conduite…
C’est vrai, et je prends (rires). Ça fait plaisir et ça veut dire que je ne suis apparemment pas un mauvais conducteur (rires). Après on peut le dire, on roule à 13 ou 14 km/h en moyenne. Donc ce serait difficile de faire n’importe quoi !
Ce producteur qui a changé la vie de Théo Curin
Qu’est-ce qui est le plus difficile entre rester concentré sur la conduite et entendre votre producteur, dans l’oreille, chanter en yaourt Respect d’Aretha Franklin ?
Il est justement en train de le faire là (rires). Avec Mehdi Harbaoui (le président de Little Big Medias, ndlr) , nous travaillons ensemble depuis longtemps. Il sait comment j’aime travailler. Nous avons un gros rythme qui peut être fatiguant. Parfois je prends mon rôle très au sérieux mais j’ai aussi besoin de petits pétages de câble qui me permettent de briser un peu la glace et me sentir au mieux. C’est sa façon de me faire rire et de me faire sentir bien. Le plus dur, c’est d’être attentif à mon invité alors que j’ai déjà pas mal de paramètres à gérer. Au début, j’étais tellement stressé par la route, l’invité et la prestance à côté de moi que j’essayais de déballer le plus vite possible le déroulé de l’émission pour m’en débarrasser. C’était un peu comme quand on faisait des exposés à l’école, on lisait le plus vite possible pour aller vite se rasseoir ! C’est un peu ce que je faisais… Mais on a retravaillé tout ça avec Mehdi et il m’a vraiment conseillé de prendre mon temps et de profiter de l’instant. J’ai la chance de pouvoir passer ces moments en tête-à-tête avec tous ces invités. C’est rare dans un cadre aussi intime.
Mehdi a changé votre vie. C’est lui qui vous a fait réaliser votre rêve de devenir animateur à la télévision. Un rêve d’enfant dont vous ne parliez pas…
Je viens de la campagne, au fin fond de la Lorraine. J’ai toujours aimé la télévision car j’ai grandi avec elle. J’ai passé beaucoup de temps devant la télévision car j’ai passé pas mal de temps à l’hôpital, en rééducation. La télé a été mon échappatoire. Donc elle m’a toujours fait rêver mais je n’osais pas en parler. Je viens d’un milieu qui ne permet pas d’approcher celui du journalisme ou de la télé. Et je ne voyais pas non plus, à la télévision, un mec ou une femme avec un corps atypique comme le mien. La télévision me paraissait donc inaccessible.
Comment avez-vous rencontré Mehdi Harbaoui ?
J’ai eu la chance de faire mes preuves dans un premier temps en tant que sportif puis j’ai rencontré Mehdi par hasard, dans une émission de radio. Et on a commencé à bosser ensemble sur des projets complètement fous comme cette émission. Je trouve l’histoire belle. Il y a un parallèle avec les parcours des invités de Théo le taxi . C’est souvent une histoire de rencontres ou de phrases qui marquent et qui te font croire réellement en tes capacités et en tes rêves. C’est un peu ce qui s’est passé pour moi. J’ai rencontré Mehdi et j’étais loin de m’imaginer que près de 6 ans plus tard, j’allais me retrouver avec des artistes dingues à côté de moi dans une voiture ou en train d’ouvrir la cérémonie des Jeux Paralympiques de Paris 2024 ... C’était hyper fort et hautement symbolique. Et cette voiture-taxi, on nous la redemande aujourd’hui.

