Cela faisait près de trente ans que Paul Thomas Anderson et Leonardo DiCaprio se tournaient autour. Vers la fin des années 90, le réalisateur et l’acteur ont bien failli travailler ensemble sur Boogie Nights , mais DiCaprio a finalement préféré Titanic – sûrement une sage décision, avec le recul –, et le rôle est allé à Mark Wahlberg . Une bataille après l’autre est donc comme un rendez-vous manqué enfin réparé.
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À l’heure où vous lirez ces lignes, le film sera certainement reparti de la cérémonie des Oscars avec plusieurs prix (il est nommé pas moins de treize fois), et ce ne serait que justice pour ce que DiCaprio décrit comme « une fable politique avec l’énergie d’un cartoon ». Mais de quoi parle-t-on, exactement ? Cette adaptation très libre du roman Vineland , de Thomas Pynchon , met en scène Bob, ex-révolutionnaire désabusé et parano, qui vit en marge de la société avec sa fille, Willa. Quand son ennemi juré (Sean Penn) refait surface après seize ans et que Willa disparaît, Bob remue ciel et terre pour la retrouver…
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Tourné dans le format désuet VistaVision, qui permet de capter une image extrêmement large avec plein de détails, Une bataille après l’autre est un shoot d’adrénaline énervé et hilarant sur les espoirs douchés du militantisme comme de la contre-culture. Très riche donc très difficile à interpréter (aux États- Unis, l’extrême gauche et l’extrême droite n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur le « camp » choisi par le film), cet objet à l’énergie démente est bourré de seconds rôles géniaux : la révélation Chase Infiniti, Benicio Del Toro tordant en sensei zen, la charismatique Teyana Taylor et, surtout, un Sean Penn glaçant dans la peau d’un militaire suprémaciste blanc. L’acteur a d’ailleurs dévoré le script en sortant de sa douche, à même le sol de sa salle de bains, sans même prendre le temps d’enfiler des vêtements !
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"INCROYABLEMENT SPÉCIAL"
"Paul avait tellement réfléchi à ce projet que cela lui tenait manifestement très à coeur, et cela reflétait vraiment l’état actuel du monde, l’extrémisme que nous ressentons tous, des deux côtés ", résume Leonardo DiCaprio, affublé d’un peignoir miteux durant une bonne partie du film. " Il l’a fait d’une manière si élégante, avec ces protagonistes très humains. Lorsque j’ai lu le scénario, j’ai tout de suite su que c’était quelque chose d’incroyablement spécial."
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Paul Thomas Anderson (Magnolia, There Will Be Blood…) s’est effectivement investi corps et âme dans ce projet qui a nécessité sept mois de tournage en Californie et au Texas. Une durée de prises de vues folle pour un budget colossal, estimé entre 110 et 140 millions de dollars. Pour autant, et malgré l’impressionnant écho que le film a généré dans le monde, le cinéaste n’a pas d’autre choix que de garder les pieds sur terre : " Lors d’une projection, j’ai regardé derrière moi et j’ai vu une femme assise qui dormait profondément. Je me suis dit : “Bon ben, je suppose qu’on en a raté une. ”" Une spectatrice après l’autre !
Une bataille après l’autre, vendredi 27 mars à 21h10 sur Canal+

