Les Nouveaux Français, 100 ans d'immigration (M6) - Karine Le Marchand : "Je ne serais pas là si la France n’avait pas accueilli mon père, burundais"

Rédigé le 09/02/2026
Frédérick Rapilly

" Aujourd’hui, une personne sur cinq vivant en France, soit treize millions de personnes, est immigrée ou a au moins un parent immigré, et nous sommes 20 millions si l’on remonte aux grands-parents ", lance Karine Le Marchand en préambule. Ajoutant aussitôt : " Et je dis “nous”, car évidemment, je ne serais pas là si la France n’avait pas accueilli mon père, burundais, lorsqu’il faisait ses études… " Cet exergue donne le ton de ce film. 

En s’appuyant sur l’expertise d’historiens, ce documentaire s’interroge sur les origines de ces nouveaux Français, les raisons de leur venue dans l’Hexagone, comment ils se sont facilement (ou non) intégrés, comment aussi leurs enfants et petits-enfants vivent au quotidien cette histoire. 

Si le sujet est éminemment politique, surtout en cette période pré-électorale (les élections municipales auront lieu les dimanches 15 et 22 mars), il est traité ici avec bienveillance, à travers des exemples bien précis, sans occulter les zones d’ombre. Le film passe en revue chronologiquement les différentes vagues d’immigration en France sur les cent dernières années. Il débute par la période entre les années 1920 et le début de la Seconde Guerre mondiale, avec l’arrivée massive de réfugiés espagnols fuyant la misère, puis la dictature franquiste. Un demi-million de personnes ont ainsi quitté l’Espagne par bateau ou à pied, en traversant les Pyrénées. Un mouvement nommé la Retirada. De nos jours, Isabelle Sebastian , une scénariste vivant à Paris, ouvre devant ses filles, Victoria et Anna, une petite boîte contenant des documents relatifs à son père, Sebastian Gonzalez. Dedans, une carte rédigée en espagnol indiquant son métier, tailleur de vêtements (sastre), et son statut de déporté et interné politique. " Ce qui est incroyable, c’est que je n’ai pas le souvenir qu’il ne m’en ait jamais parlé. " Comme dans beaucoup de famille d’origine immigrée, le passé a été… passé sous silence. 

La réalisatrice du film, Mathilde Gautry, images d’archives à l’appui, rappelle que dès 1938, les autorités françaises prennent peur devant cet afflux massif et se mettent à bloquer les hommes, puis les familles dans des camps d’internement. " 200 000 personnes ont été internées dans ces camp" », rappelle Karine Le Marchand. 

LE SINGULIER PARCOURS DE MOHED ALTRAD 

La parole est ensuite donnée à différents Français, issus d’autres vagues d’immigration, italienne, algérienne, cambodgienne… Parmi toutes ces histoires, il y a celle à peine croyable de Mohed Altrad,  Français d’origine syrienne, aujourd’hui milliardaire. " Je ne connais ni le jour ni le mois, ni l’année de ma naissance ", confie-t-il. Destiné à devenir berger, n’ayant pas le droit d’aller à l’école, il s’est fait pourtant remarquer par un instituteur sur place pour son désir d’apprendre. Venu étudier à Montpellier avec une bourse de 200 francs par mois, Mohed est devenu ingénieur et a créé une entreprise, Altrad, numéro un de l’échafaudage dans le monde. Ce qui lui a valu d’être désigné Entrepreneur mondial 2015. Il est le premier Français à avoir été distingué de la sorte ! 

Les Nouveaux Français, 100 ans d'immigration, lundi 9 février à 21h10 sur M6