DANS LE VISEUR D’ALTMAN…
Après avoir passé à la moulinette l’armée (M.A.S.H.) , Hollywood (The Player) , ses contemporains de Los Angeles (Short Cuts ), l’univers de la mode (Prêt-à-porter) , l’Américain Robert Altman pointait, en 2001, sa caméra sans complaisance et délicieusement féroce sur l’aristocratie British au début des années 1930. Et livrait la peinture crépusculaire d’un monde dépassé, à l’occasion d’une partie de chasse dans le manoir de sir William McCordle, où sont conviés une vingtaine de VIP, experts dans l’art du paraître, accompagnés de leurs domestiques, intégrés à ceux du château. Deux microcosmes que tout sépare et qui ne manqueront pas de faire tomber les masques quand le maître des lieux sera retrouvé mort, assassiné !
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INSPIRÉ ET INSPIRANT
Lorsqu’il s’associe au scénariste britannique Julian Fellowes , Robert Altman mentionne sa volonté de rendre hommage à La Règle du jeu , de Jean Renoir. La partie de chasse et cette exploration de deux mondes en miroir sont des emprunts revendiqués. Altman précise : « Ce film, c’est Les Dix Petits Nègres, d’Agatha Christie, qui rencontre La Règle du jeu, de Jean Renoir. Il met en évidence un certain fonctionnement social, juste avant la Seconde Guerre mondiale. » Les fans de la série Downton Abbey seront en terrain connu, puisque son créateur n’est autre que… Julian Fellowes . Pour l’anecdote, ce dernier a un temps envisagé la série comme un spin-off du film. Toutefois, les correspondances ne manqueront pas avec la saga de la famille Crawley, que les six saisons accompagnent de 1912 aux années 30.
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LA FIN D’UNE ÈRE AU MICROSCOPE
Bienvenue dans les coulisses de la gentry qui, malgré sa morgue et sa superbe fièrement affichées, brille de ses derniers feux. Les vedettes de cinéma sont les nouveaux maîtres du jeu social. La crise de 1929, l’émancipation des travailleurs et l’évolution de la condition féminine fragilisent l’ordre ancien. « Nous voulons montrer, raconte le scénariste Julian Fellowes, l’organisation de ce type de maison, sans porter l’accent sur une classe plutôt qu’une autre. » Dans cet univers impitoyable, le producteur américain Morris Weissman fait figure de Candide. « C’est quelqu’un qui est totalement étranger à ces traditions ; il vient presque d’une autre planète, et sert ainsi de pilote pour le spectateur dans la haute société. Parallèlement, Mary (la servante d’une invitée), par sa fraîcheur, le guide dans celui “d’en bas” . »
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CLUEDO OR NOT CLUEDO ?
« Peu importe la question de savoir qui a tué McCordle ? », confie le cinéaste, qui a imaginé comme limier un anti-Hercule Poirot. « L’inspecteur est tellement incompétent que l’on se désintéresse vite du résultat de l’enquête pour mieux suivre l’analyse sociale », confirme Fellowes.
CASTING ROYAL
« Nous avons voulu qu’il y ait, parmi les comédiens, autant de stars chez les classes supérieures que chez les domestiques » , explique Julian Fellowes, qui se verra récompensé de l’Oscar 2002 du Meilleur scénario. La distribution a fière allure : Helen Mirren, Clive Owen, Ryan Phillippe, Kristin Scott Thomas, Maggie Smith … Cette dernière incarnera la fabuleuse comtesse douairière de Grantham, lady Violet Crawley, dans Downton Abbey.
Gosford Park, Dimanche 8 février à 21h00 sur Arte

