Kingdom of Heaven (Arte) - Ridley Scott : "Kingdom of Heaven se veut un plaidoyer pour la tolérance"

Rédigé le 04/01/2026
Isabelle Magnier

"Dieu le veut !", aurait dit le pape Urbain II en 1095, pour lancer l’Europe chrétienne à la reconquête de la Ville sainte : Jérusalem. S’ensuivit huit croisades, qui se succédèrent sur plusieurs siècles. 

Ridley Scott a placé l’action de sa fresque homérique entre la deuxième et la troisième. Le contexte : une paix fragile règne sur les lieux sacrés, grâce à l’intelligence politique du roi chrétien Baudouin IV et du légendaire chef musulman Saladin. Ainsi, en 1186, Godefroy d’Ibelin, baron du royaume de Jérusalem, s’apprête à retourner en Terre sainte. Avant, il fait étape en France, pour y chercher un fils illégitime. Ce dernier, Balian, est un jeune forgeron en servage. Meurtri par le suicide de son épouse, il doute de tout, de sa foi chrétienne, et accepte d’accompagner ce père dont il ignorait l’existence et qui, avant de mourir, lui transmet son titre et ses biens. Envers et contre tout, Balian se révélera digne de son serment : protéger les faibles, sauvegarder la paix, oeuvrer pour le respect mutuel des religions. « L’homme n’est homme que s’il améliore le monde », n’était-il pas déjà gravé dans le bois de sa forge ? 

« Kingdom of Heaven se veut un plaidoyer pour la tolérance, tout en montrant des scènes de batailles, une histoire d’amour et des conflits entre des personnages, explique le réalisateur. J’ai toujours été fasciné par les croisades et leur imagerie. Évidemment quand, avec le scénariste William Monahan, nous avons commencé à travailler sur le film, il nous a fallu dépasser cette fascination purement visuelle. Ce fut une tâche de longue haleine. » Soit quatre années et demi de réflexion et d’écriture pour que le projet devienne fiction et que les personnages prennent vie à l’écran. 

UN CHEVALIER SANS PEUR ET SANS REPROCHE 

L’acteur anglais Orlando Bloom , 28 ans à l’époque, connu pour jouer l’elfe Legolas dans Le Seigneur des anneaux , incarne un Balian d’Ibelin de la trempe des irréductibles idéalisés du cinéma de Ridley Scott, tel Russell Crowe , général romain déchu accomplissant sa vengeance dans l’arène (Gladiator), ou  Sigourney Weaver terrassant le monstre surgi de l’espace (Alien). « J’avais travaillé avec Orlando sur La Chute du faucon noir, confie  cinéaste. J’étais sûr qu’il avait déjà l’étoffe d’un grand, capable de porter sur ses épaules une grosse production . »

Autour de ce chevalier sans peur et sans reproche, le film déploie un casting cinq étoiles, de Liam Neeson , dans le rôle de Godefroy, à  Jeremy Irons , dans celui du conseiller militaire Tiberias, en passant par  Brendan Gleeson , dans la cotte de mailles de l’ignoble Renaud de Châtillon. Mais deux visages marquent les esprits. Celui d’ Eva Green, omniprésente et mystérieuse princesse Sybilla, et celui d’ Edward Norton , invisible sous le masque du roi chrétien rongé par la lèpre. Ridley Scott n’a plus ensuite qu’à nous mettre aux premières loges de son Gladiator médiéval, qui nous accroche jusqu’au dernier tiers du film, le siège de Jérusalem, où il fait se rencontrer arts de la guerre et de la mise en scène.   

Kingdom of Heaven, dimanche 4 janvier à 21h00 sur Arte