Valérie Benaïm publie un livre sur les disparitions de mineur : "Je me suis demandé s’il s’agissait de faits divers tragiques ou d’un sujet de société"

Rédigé le 15/03/2026
Frédérick Rapilly

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à ce sujet ?

Valérie Benaïm À la radio, à la télé, j’ai souvent traité de disparitions de mineurs, en recevant des parents, des avocats. Au moment de la disparition du petit Émile (Soleil, en 2023, ndlr) et de la jeune Lina (Delsarte, en 2023), je me suis demandé s’il s’agissait de faits divers tragiques ou d’un sujet de société. Je suis mère, mon fils, Tom, a 25 ans, mais j’ai aussi un petit neveu, une petite nièce. Je me suis forcément interrogé : « Pourraient-ils un jour être en danger ? » J’ai pris ce temps long de l’enquête pour analyser, décortiquer ce qu’il y avait derrière ces faits divers et leurs chiffres.

Pour votre précédent ouvrage, vous aviez échangé avec des femmes tombées amoureuses de grands criminels. Comment avezvous procédé pour celui-ci ?

J’ai d’abord lu tout ce que je pouvais trouver pour dessiner le panorama le plus large possible. Ensuite, j’ai travaillé deux axes. Le premier, en rencontrant des parents concernés. J’avais besoin de leur demander comment on vit cette déflagration, cet entre-deux qui n’est pas un deuil puisque l’enfant n’est pas décédé, mais a disparu. Comment repart-on au travail pour faire vivre sa famille ? Comment en parler à ses autres enfants ? Mon deuxième axe a été d’expliquer, en allant sur le terrain, comment le travail de nos institutions, de la police et de la gendarmerie ont évolué depuis les années 1970, comment la justice appréhende ces affaires avec, par exemple, la création récente, en 2022, du pôle des crimes sériels ou non élucidés à Nanterre, qui est aussi appelé pôle cold case.

Qu’est-ce qui a vous le plus surpris pendant votre enquête ?

Un chiffre, non officiel, du 116 000 (le numéro d’urgence européen en cas de disparition d’enfant) : il y a eu 38 477 disparitions de mineurs signalées aux forces de l’ordre en France en 2024. Je suis tombée de ma chaise en l’apprenant, mais très vite, j’ai essayé de comprendre. Ce sont des signalements. En réalité, le nombre de disparitions dites inquiétantes de mineurs en France, ceux sur lesquels travaillent les services de police, est de 1 300. Et si 95 % sont des fugues, cela ne veut pas dire que ces mineurs ne sont pas en danger...

L'interview de Valérie Benaïm est à lire en intégralité dans le nouveau magazine Télé 7 Jours. Disponible dans les kiosques dès ce lundi 16 mars.