Akim Isker, le réalisateur, a déclaré à propos de cette mini-série que ce n’était pas tous les jours qu’on recevait un tel projet entre les mains. Avez-vous eu le même sentiment ?
Valérie Bonneton : Oui, c’était le projet que j’attendais. En même temps, je trouvais ça incroyable qu’on ait la confiance de s’adresser à moi pour ce personnage empathique, qui va jusqu’au bout. Le sujet est fort, bouleversant. Ce tournage était à la fois l’un des plus merveilleux et l’un des plus difficiles de ma carrière, parce qu’émotionnellement, vraiment, il n’y avait pas une seconde, pas un seul plan, où l’on pouvait relâcher quelque chose.
La série interroge sur l’intention de faire justice soi-même à la place de l’État. Quelle est votre opinion sur ce sujet ?
Évidemment, je ne peux pas cautionner ça. On ne peut pas faire justice soi-même, ce n’est pas possible. Mais Laura voit ces femmes terrorisées, qui portent plainte plusieurs fois sans que ça n’aboutisse. Ces féminicides deviennent presque ordinaires. Elle ne peut pas faire autrement que d’agir. C’est le corps qui parle, au-delà de la raison. Son passage à l’acte est comme un suicide.
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À la fin d’une journée de tournage, parveniez-vous à vous détacher de ce personnage et de cette histoire ?
C’était compliqué. J’ai été bouleversée parce que quand on est dans une telle vérité, il y a forcément des choses inconscientes qui remuent. Ça m’a beaucoup perturbée. J’ai été extrêmement fatiguée. C’est un personnage que j’ai eu du mal à quitter.
Vous avez découvert le tout premier épisode au Festival de la Fiction de La Rochelle. Qu’avez-vous ressenti ?
J’ai été bouleversée par la première scène, qui est dure, poignante. On est saisie du début jusqu’à la fin, parce qu’on est au coeur de la vérité. Il ne faut pas avoir peur de cette vérité. Sinon, il ne faut pas parler de ce sujet.
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Y a-t-il eu une scène particulièrement éprouvante à tourner ?
Peut-être le procès. Pour des raisons personnelles, j’ai été emportée, je n’ai plus joué. J’ai rarement si peu joué. Quand on est de chaque plan, face à un cadreur caméra à l’épaule, il n’y a jamais une minute de pause. On est là, tout le temps présent. Ce qui nous plonge complètement en immersion avec ces femmes. C’était costaud !
Dans la série, certains personnages victimes de violences conjugales sont joués par des femmes qui ont vraiment été battues par leur compagnon…
Il y avait en effet un mélange d’actrices et de filles de l’association, qui n’avaient jamais joué. Elles étaient parfaites. Lors du tournage du procès, on était toutes ensemble. C’était très fort.
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Vous vous faites de plus en plus rare à la télévision depuis quelques années…
Complètement ! Figurez-vous que depuis Fais pas ci, fais pas ça (série à succès de France 2, ndlr), j’ai reçu très peu de propositions de télévision. Bien sûr, je reste exigeante, je n’ai pas envie d’en faire pour en faire. Comme Fais pas ci, fais pas ça , que j’avais refusé au départ, jusqu’à ce que je reçoive les textes et que je constate à quel point c’était merveilleusement bien écrit. De la télévision comme ça ou comme L’Affaire Laura Stern , je veux bien en faire tous les jours !
L’Affaire Laura Stern, mercredi 11 mars à 21h10 sur France 2

