Un prophète (Canal+) - Que nous réserve le reboot en série du film avec Tahar Rahim ?

Rédigé le 02/03/2026
Frédéric Lohézic

S’attaquer au chef-d’oeuvre cinématographique aux neuf César, dont celui du Meilleur film, en 2010, était un pari audacieux pour  Marco Cherqui , co-producteur du film, comme de la série (avec Sébastien Janin) : «  Le but n’était ni de faire un remake, ni un prequel. Plutôt un reboot, tenant compte de l’évolution de la société française. La prison a changé depuis tout ce temps. Qu’est-ce qu’un prophète, en 2026 ? Avec les auteurs  (Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit, eux aussi impliqués dans le film, ndlr)  et le réalisateur, l’Italien Enrico Maria Artale, on a aussi voulu cerner en profondeur l’âme des personnages, pour mieux les comprendre, sans pour autant justifier leurs actes.  » 

Exit, donc, les règlements de comptes entre Corses et Arabes, dans la grisaille parisienne. Ici, les guerres de territoires, transportées sous le soleil marseillais, opposent Arabes et Comoriens, communauté dont est issu le jeune héros de la série,  Malik El Djebena  (le même nom que dans le film), une mule qui débarque en France, où il se fait arrêter puis incarcérer aux Baumettes. 

Pour incarner le successeur de  Tahar Rahim , dans ce rôle, la production a choisi le comédien débutant  Mamadou Sidibé , âgé aujourd’hui de 27 ans. Un changement de cap radical dans la vie de ce footballeur en herbe d’origine malienne : «  J’avais 23 ans quand cette opportunité s’est présentée à moi. La signature d’un contrat, pour jouer en National 3 (l’équivalent d’une 5e division), prenait du retard. Au même moment, je suis tombé par hasard sur une annonce de casting. Comme je suis très curieux et que j’ai toujours cru en moi, je n’ai pas hésité. Acteur ou footballeur, il faut un mental fort pour faire carrière.  » Une qualité également nécessaire pour son personnage, véritable agneau propulsé dans un monde carcéral sans pitié. Là, Malik va tomber sous l’emprise de Massoud Djebbari, un promoteur immobilier véreux, joué par  Sami Bouajila.

“UN RÉCIT D’ÉDUCATION” 

Plus encore que sur les intrigues criminelles, la série se concentre sur le lien pervers qui unit les deux hommes : «  Comment s’affranchir d’un rapport de domination quand on est déraciné, qu’on a ni éducation ni expérience ?, s’interroge Marco Cherqui. Cette histoire est d’abord un récit d’éducation et d’intelligence.  » Malik est malin et apprend vite au contact de Massoud Djebbari, un mentor comme l’était César Luciani, qu’incarnait l’immense  Niels Arestrup  dans l’oeuvre de J acques Audiard . Un héritage lourd à porter pour  Sami Bouajila  ? «  Niels Arestrup, sans déconner, même le bonhomme. Comment imaginer… Heureusement, en lisant le script, j’ai été interpellé et, en une semaine, j’avais oublié le film. Attention, ce n’est pas négatif, c’est juste qu’en termes d’écriture, de réalisation et de direction artistique, on est dans un propos différent.  » Pour un résultat qui attend peut-être une suite. «  Anytime, anywhere, whenever you want  (n’importe quand, n’importe où, quand vous voulez, en français) ! (Rires) » reprennent en coeur les deux principaux acteurs. 

Un prophète, lundi 2 mars à 21h10 sur Canal+