Connaissiez-vous ce fait divers de 1994, dans lequel une petite fille, Émilie Tanay, avait été empoisonnée « par erreur » ?
Julie de Bona : Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais passée à côté de cette affaire, à l’époque. Sans doute parce que j’étais jeune et que ce sujet assez sinistre ne m’intéressait pas. Finalement, j’ai vraiment découvert cette histoire en lisant le scénario.
Celui-ci vous a-t-il immédiatement séduite ?
En fait, j’ai avant tout accepté de suivre un réalisateur (Ionut Teianu, ndlr), qui m’avait vue dans le téléfilm Mise à nu (diffusé en 2022, sur France 2). Une scène l’avait particulièrement marqué, une séquence difficile dans laquelle j’étais dans l’improvisation, ce que l’on nous laisse rarement faire, en télévision. Il m’a dit : « C’est ça que je veux, ce moment de vérité, cet impact créé à l’image. » L’impro, c’est ma passion. Alors, j’ai plongé directement. Ensemble, on a abordé le projet comme un film d’auteur, plus qu’un téléfilm.
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Avez-vous eu l’occasion de rencontrer Corinne Tanay, la maman de la petite victime, dont Claire, votre personnage, est inspiré ?
Non*, car le réalisateur, qui vient du documentaire (notamment AF 447 vol Rio-Paris : que s’est-il vraiment passé ?), avait eu accès, lui, aux éléments de l’enquête, et à Corinne. Il était extrêmement bien renseigné sur toute l’affaire et a préféré que je reste dans une approche authentiquement artistique.
Dans le téléfilm, la police annonce aux parents qu’il va falloir exhumer le corps de leur fille. Comment se préparer pour une telle scène, où vous semblez totalement dans un état second ?
On en revient à ce que je disais auparavant. Si on commence à penser à ce qu’a vécu la pauvre Corinne, c’est terrible. Et trop douloureux à restituer. D’où la nécessité de s’extraire de la réalité, en se concentrant sur un travail purement artistique. Cela m’a permis d’exprimer des réactions d’une liberté absolue, de casser les codes du jeu, en me disant qu’il n’y avait pas de réaction adaptée. Moi-même, au moment d’entendre « Moteur ! », je ne savais pas ce qui allait surgir de moi.
Qui, dans le casting, aviez-vous déjà croisé lors de vos précédents tournages ?
Alysson Paradis, mais il y a une éternité. C’était dans Camping 2 (2010). On était en maillot de bain, au camping des Flots bleus, un tout autre contexte. Là, on se retrouve dans une relation très ambiguë, puisqu’elle joue la femme qui gardait la petite chez elle le jour du drame. L’émotion qu’elle envoie, au moment où elle doit m’annoncer l’horrible nouvelle, me donne encore le frisson.
*Depuis l’interview, Julie de Bona a appris qu’elle aura l’occasion d’échanger avec Corinne Tanay, en plateau, juste après la diffusion de ce téléfilm.
Pour Emma, mardi 3 février à 21h10 sur M6

