Joséphine Draï (Déviantes) : "Il n’y a pas de raison d’abrutir nos enfants !"

Rédigé le 27/02/2026
Pauline Hohoadji

On sent qu’il y a du vécu pour ce spectacle…

Oui (rires) ! Au départ, ce concept n’était qu’une partie d’un autre spectacle que j’écrivais avec Diana Laszlo pour moi seule. Nous avons écrit cette partie sur les histoires pour enfants et le fait qu’on en avait marre de nous faire chier à lire ces histoires qui sont plus bêtes les unes que les autres. Dans ce spectacle, je proposais ensuite qu’on écrive ensemble une sorte d’alternative un peu plus palpitante. Mais au fur et à mesure de l’écriture, on rallongeait ce passage car on avait de nouvelles idées. A un moment on s’est regardées et on s’est dit que c’était devenu un spectacle dans le spectacle. On en a donc fait quelque chose à part, avec cette fausse conférence qui est un prétexte pour découvrir ces deux personnages complètement cinglés.

Pourquoi avoir choisi ce titre, Déviantes ?

Parce que cette fausse conférence est justement un prétexte pour découvrir ces deux filles qui sont déviantes, chacune d’une façon différente. Elles sont complètement hors des sentiers battus et sans filtre. Elles vont nous révéler petit à petit, pendant cette heure de scène, leurs déviances.

Vous avez un ton très libre sur scène. Vous êtes-vous interdit des choses ?

Franchement, non ! Si on avait eu le moindre interdit, on n’aurait jamais validé ce qui est sur scène. On fait attention à ce que tout le monde en prenne un peu pour son grade. Il n’y a pas de cible particulière, ça montre bien qu’on n’en veut à personne. C’est une forme de dénonciation en fait. Nos personnages incarnent des personnalités qu’on aimerait voir disparaitre mais qui, malheureusement, existent. C’est aussi pour ça qu’on les met en scène, pour pouvoir s’en moquer et les salir. Le personnage de Diana est assez corsé. Il dégringole petit à petit et c’est une parabole : on aimerait que ces gens n’aient pas autant d’impact. Les spectateurs comprennent assez rapidement le second degré.

Joséphine Draï se confie sur Diana Laszlo (Déviantes)

On sent une grande complicité entre Diana et vous. Comment vous êtes-vous rencontrées ?

On se connait depuis quelques années grâce à des amis communs comédiens. On se croisait dans des soirées et on a vu qu’on avait le même humour. Un jour, je lui ai demandé si elle voulait m’aider à développer le fameux spectacle dont je parlais un peu plus tôt et qui a finalement été mis au placard en attendant qu’on exploite Déviantes. Elle a accepté en me disant qu’on allait voir si ça marchait ou pas. Lors des séances de travail, on s’est découvert une complémentarité et une complicité qui ont renforcé notre lien d’amitié. C’était un cercle vertueux. Pour l’écriture, c’est du ping-pong. L’une prend une idée, l’autre l’emmène un peu plus loin. C’est très agréable !

Qui a imaginé les faux livres pour enfants que vous montrez sur scène ?

Nous deux ! Les premiers livres sont très, très, très inspirés des vrais que j’ai moi-même lus à mon fils. Celui baptisé  Titi dit non est une réplique d’un bouquin qui fait littéralement trois pages ! On a à peine remixé mais on n’est pas allées chercher très loin pour les créer.

Pourriez-vous faire de ces faux livres une vraie collection de livres pour enfants décalés ?

Non (rires) car ça reste quand même de l’humour. Mais nous allons éditer le texte du spectacle et les histoires pour enfants seront dedans. Je ne pense pas que je lirai de tels livres à mon fils (rires). Il faut rester dans le cadre de l’humour et faire la part des choses. Nous voulions faire une version extrême pour le spectacle. Mais dans l’absolu, je pense qu’il n’y a pas de raison de s’adresser aux enfants avec un certain niveau. Lorsque mon fils avait 2 ou 3 ans, je lui parlais déjà de manière beaucoup plus élaborée. Il n’y a pas de raison d’abrutir nos enfants ! C’est d’ailleurs ce que je dis au début du spectacle : qui dit bébé, ne veut pas dire bébêtes. Même si l’enfant n’a qu’1 ou 2 ans, je n’ai pas envie de lire des histoires avec trois mots de vocabulaire.

Pourquoi Joséphine Draï aime tant la scène

Déviantes est votre troisième spectacle. Remonter sur scène, ça vous fait quoi ?

Je n’étais pas montée sur scène depuis 8 ans. Je n’ai jamais été seule, avant, j’étais avec mes deux musiciens. Là, on est deux avec Diana. C’est une force et c’est très jouissif car c’est parfois dur d’être seule face au public. A deux, on est plus fortes. Le rapport à l’image est tellement différent dans les fictions comparé à la scène. Au théâtre, il y a cette immédiateté. Si une phrase n’est pas dite au bon moment, il n’y a pas de montage pour nous sauver. Il y a un côté un peu sans filet, c’est très stimulant. C’est beaucoup d’adrénaline et beaucoup d’angoisse ! On a envie que la performance soit maximale à chaque fois ! C’est très gratifiant d’entendre les rires. C’est un moment de grâce fou, une vraie sensation de puissance. C’est fou d’avoir ce pouvoir si fragile car on est à la merci de la moindre erreur, du moindre faux pas ou trou de texte… Dans ces cas-là, la sentence du public est immédiate.

Le spectacle Déviantes, avec Joséphine Draï et Diana Laszlo est à voir jusqu’au 28 mars 2026 au Théâtre des Maturins à Paris.