Des fables anciennes aux héros Disney, les animaux racontent l’homme

Rédigé le 02/01/2026
Malo Morcel

Si l’on vous parle de chiens, de chats ou de lions, vous pensez sans doute à des images de votre enfance : Mufasa, Rouky ou Duchesse vous viennent immédiatement à l’esprit. Ces héros à fourrure ne sont pas apparus par magie : ils s’inscrivent dans une longue tradition d’histoires où les animaux parlent, agissent… et surtout : nous reflètent.

Des fables anciennes aux contes modernes

Donner aux animaux des traits humains ne date pas de Walt Disney. Bien avant lui, Jean de La Fontaine utilisait déjà cette technique dans ses fables célèbres : Le Corbeau et le Renard , La Cigale et la Fourmi ou La Grenouille qui se voulait aussi grosse que le bœuf . Ces histoires courtes avaient plusieurs objectifs : divertir, transmettre une leçon de vie et simplifier le monde en parlant de nous sans nous montrer directement.

Et tout commence encore plus tôt avec Ésope, au VIème siècle avant J.-C., considéré comme " le père de la fable ". La Fontaine a repris ses idées, mais les a enrichies pour le lecteur français du XVIIème siècle. Au Moyen Âge, les bestiaires et le Roman de Renart poursuivent cette tradition d’Ésope : le renard rusé, le lion noble…, mais dans un rôle plutôt religieux, mais également pédagogique. Dans une approche davantage littéraire et artistique, les contes de Charles Perrault, comme Le Petit Chaperon rouge , ou ceux des frères Grimm, tels que Le Chat botté , attribuent eux aussi des traits humains aux animaux : le loup parle, trompe et séduit, tandis que le chat se montre rusé et ambitieux. Au XIXème et XXème siècle, la littérature jeunesse renforce davantage cette habitude. Dans  Alice au pays des merveilles , Alice dialogue avec le lapin vêtu d’un gilet, rencontre le Chat du Cheshire capable de sourire, et observe la mystérieuse chenille fumant sa pipe. Winnie l’Ourson et sa joyeuse bande, créés par Alan Alexander Milne, illustrent eux aussi ce procédé. Et dans Le Monde de Narnia de C.S. Lewis, le lion Aslan ou Monsieur et Madame Castor ont des caractères bien marqués et des rôles essentiels dans l’histoire.

Disney et l’art de rendre les animaux vivants

En 1928, Walt Disney et Ub Iwerks créent Mickey Mouse dans Steamboat Willie . Malgré son apparence de souris, Mickey marche, parle, rit et joue de la musique comme un humain. Disney puise dans les contes et légendes pour raconter des histoires universelles et toucher un large public. Dans Blanche-Neige et les Sept Nains (1937), les animaux aident la princesse perdue dans la forêt, et dans Bambi , leur réalisme anatomique accentue l’empathie du spectateur.

Au fil des années, Disney multiplie les personnages cultes : Jiminy Cricket dans Pinocchio , Dumbo, Bambi… Et dans des films plus récents comme Zootopie , les animaux incarnent des catégories sociales et des stéréotypes humains, rendant le propos accessible et pertinent pour tous les âges. Dans ce film, Judy Hopps illustre le travail acharné et les obstacles rencontrés par ceux que l’on sous-estime, tandis que Nick Wilde représente la méfiance face aux préjugés et la discrimination.

Les limites de l’anthropomorphisme

Cependant, l’anthropomorphisme comporte certaines limites. Il simplifie parfois la complexité des comportements humains. Par exemple, dans Zootopie , Nick Wilde est présenté comme rusé, ce qui pourrait faire croire que ses traits sont naturels et représentatifs de la réalité humaine. Les enfants peuvent alors confondre fiction et réalité et penser que certains traits sont innés, renforçant des stéréotypes. C’est pourquoi il est important que les adultes expliquent que les histoires avec des animaux sont symboliques, et non pas scientifiques. Par ailleurs, les émotions suscitées par le récit peuvent détourner l’attention critique du spectateur, qui pourrait ne pas saisir pleinement le message ou la réflexion que la création cherche à transmettre.

Anthropomorphiser les animaux permet toutefois à Disney de toucher le spectateur, de transmettre des valeurs et de faire réfléchir tout en divertissant. Cette technique est aussi une stratégie psychologique et éducative qui rend les histoires plus efficaces pour parler de la vie et de la société.