Béla Tarr, grand nom du cinéma hongrois, est mort à 70 ans

Rédigé le 06/01/2026
Mélissa Tellaa

Figure majeure du cinéma contemplatif, Le cinéaste hongrois Béla Tarr laisse derrière lui une œuvre singulière marquée par un pessimisme profond et une esthétique radicale.

Reconnu internationalement mais longtemps ignoré en France, ce maître du plan-séquence a bouleversé le septième art avec des films hors normes comme Le Tango de Satan, fresque de sept heures considérée comme son chef-d'œuvre. Son dernier long métrage, Le Cheval de Turin, lui avait valu l'Ours d'argent au Festival de Berlin en 2011.

Une œuvre monumentale saluée par les plus grands

Né le 21 juillet 1955 à Pécs en Hongrie, Béla Tarr a marqué l'histoire du cinéma par son approche radicale de la mise en scène. Son film le plus célèbre, Le Tango de Satan , sorti en 1994, constitue une fresque monumentale de sept heures sur l'effondrement du communisme en Europe de l'Est et son déclin matériel et spirituel. Adapté d'un roman de László Krasznahorkai, lauréat du prix Nobel de littérature avec qui il entretenait une collaboration régulière, ce film est unanimement considéré comme son chef-d'œuvre.

Le cinéaste Gus Van Sant n'a jamais caché son admiration pour le réalisateur hongrois : " Les œuvres de Béla ont une démarche organique et contemplative plutôt que tronquée et contemporaine. (...) Béla Tarr est l'un des rares cinéastes réellement visionnaire." 

Martin Scorsese a également salué son talent en déclarant : "Béla Tarr est l'un des artistes les plus audacieux du cinéma." E n 2003, The Guardian le classait 13e dans la liste des 40 meilleurs réalisateurs contemporains.

Un style unique façonné par le pessimisme

Le cinéaste a développé un langage cinématographique unique. Ses premières œuvres, réalisées dans les années 1980, s'inscrivaient dans le réalisme socialiste avec des films comme Le Nid familial (1979) ou L'Outsider (1981). C'est avec une adaptation de Macbeth pour la télévision en 1982 que sa façon de filmer a véritablement changé, le film ne comportant que deux plans : le premier de 5 minutes avant le générique, le second de 67 minutes.

Au fil des années, il a personnalisé sa manière de filmer avec une durée dilatée, un noir et blanc stylisé, des mouvements d'appareil complexes et des plans-séquences sophistiqués. Sur le fond, il est passé d'une description psychologique et sociale réaliste à une quête métaphysique et allégorique. Athée convaincu, sa vision du monde était marquée par un profond pessimisme. 

Un héritage artistique resté méconnu en France

Malgré la reconnaissance internationale, l'œuvre de Béla Tarr est restée longtemps méconnue en France. Avant 2003, date à laquelle Les Harmonies Werckmeister ont trouvé un distributeur, aucun de ses films n'était sorti en salles françaises. Le Tango de Satan a suivi, ainsi que Damnation (2005) et L'Homme de Londres (2008), adapté d'un roman de Georges Simenon et présenté en compétition au Festival de Cannes 2007.

Son dernier film, Le Cheval de Turin , présenté en février 2011 à la 61e Berlinale, lui a valu l'Ours d'argent. 

La même année, le Centre Pompidou à Paris avait organisé une rétrospective de son œuvre.