Vous avez déjà sorti un album Io Canto il y a 20 ans. Pourquoi en faire un deuxième et pourquoi maintenant ?
Je n’ai aucune réponse à ça (rires) ! J’en avais juste envie. L’année dernière, lors des tests sons avant mes concerts, je reprenais des titres d’autres artistes. Et j’ai ensuite décidé qu’il était le bon moment pour faire un volume 2. J’ai commencé à chanter avec mon père dans des piano-bars et je me suis toujours dit que j’étais une interprète. J’aime être auteure et compositrice mais en même temps, je n’ai jamais oublié pourquoi et comment j’ai commencé à chanter. C’était avec des chansons d’autres artistes. Parfois à la maison, quand je conduis ou quand je fais des fêtes pour mon anniversaire, j’aime chanter et faire du karaoké. Donc j’avais très envie de ce projet. Je crois que j’en avais besoin. Ce n’était pas prévu au planning de mon label qui pensait travailler sur mon prochain album prévu en 2027. Mais je n’ai pas voulu rater cette opportunité. J’ai senti en moi la nécessité de le faire. Et je sais que je dois suivre mon instinct. C’est juste une coïncidence si ce disque sort 20 ans après le premier.
Comment avez-vous choisi les chansons et les artistes à reprendre ?
Je n’avais pas fait certaines de mes chansons préférées dans le premier disque, donc je les ai reprises 20 ans plus tard. Mais j’ai aussi choisi des titres qui me rappelle des moments particuliers ou des personnes qui font partie de ma vie et qui ont vécu quelque chose de spécial avec moi au moment où ces chansons étaient des tubes en Italie. Donc j’ai commencé à faire des démos puis j’ai découvert d’autres titres d’autres artistes. Et j’ai ouvert ma voix et mon esprit à à un nouveau catalogue de chansons. Et j’ai découvert que certaines chansons, auxquelles je ne pensais pas pour ce disque, étaient plus adaptées à ma voix. Puis j’ai essayé de faire des arrangements personnels. C’est la partie la plus étrange et intéressante du travail car je ne veux pas trahir l’œuvre originale mais je veux pouvoir mettre mon propre style et un ton plus moderne.
Le besoin d'amour de Laura Pausini dans Io Canto 2
La plupart des titres parlent de l’amour, de la perte de ce dernier ou encore de la nostalgie romantique. Pourquoi et qu’essayez-vous de nous dire à travers eux ?
Je vis pour ces quatre mots qui paraissent évidents mais qui ne le sont pas, surtout maintenant : Où est l’amour ? Tous les matins, on se lève et on entend des très mauvaises nouvelles sur la guerre, des personnes qui se suicident ou qui en assassinent d’autres. Et il y a aussi toute cette haine présente sur les réseaux sociaux… Tout est loin de l’amour. Comme cet album est né en moi avec la volonté de transmettre un message de paix, j’ai dû commencer par choisir un titre sur l’amour. Je ne parle pas seulement de l’amour entre deux personnes, certaines chansons parlent de l’amour que l’on se porte à soi-même, d’autres de la colère et de la manière de se sortir de ces moments-là, d’autres de la manière de trouver une nouvelle façon de s’aimer même si vous traversez une phase difficile et douloureuse.
Dans Ma che freddi fa, vous chantez "Qu’est-ce que la vie sans l’amour ?" (Cos'è la vita senza l'amore). Quelle est votre réponse ?
Cette question, c’est tout le sens de l’album. Que serait la vie sans amour ? Sommes-nous nés pour aimer ou pour détester les gens ? Si vous voulez savoir ce que signifie l’amour, il faut, malheureusement, connaître aussi la douleur et la haine. Mais la réponse finale est de vivre entouré d’amour, et c’est tout. Je ne veux pas être mièvre, mais sincère. L’amour n’est pas un mot ringard mais important et nous devons le découvrir chaque jour. C’est plus profond qu’une simple chanson d’amour. Il faut apprendre à aimer les autres et soi-même. Vous allez sur les réseaux sociaux en Italie et les gens sont juste impatients de dire du mal sur tout. Tout est horrible pour eux. Il y a de la colère partout mais où est l’amour ?
Vous voulez faire de votre prochaine tournée une "vraie déclaration d’amour". Comment allez-vous faire ressentir ça sur scène ?
Io Canto 2 est un un disque qu'une fan d'autres artistes se consacre à elle-même et qui vise à faire découvrir aux étrangers qu'il existe ce genre de musique et qu'il peut aussi être le leur. Comment puis-je y parvenir ? Je me suis inspirée de Jeanne d'Arc car elle était une femme très forte. Elle avait le courage de ses mots pour la représenter. Et quand on fait un album de reprises, il faut être comme ça, comme un guerrier avec ses armes. Mon arme, c'est ma voix. Je veux être en quelque sorte une petite guerrière de la voix et vous le verrez dans la scénographie et la manière avec laquelle je vais me présenter sur scène. Je veux faire oublier toutes les mauvaises pensées pendant les deux heures et demie du show. Ouvrons notre esprit. Ouvrons tous nos sens. N'ayons pas peur. Touchons les gens autour de nous. Essayons de créer une sorte de lumière autour de nous. C'est ce que je veux faire dans le spectacle cette fois-ci.
Laura Pausini sur sa prestation à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026
Vous avez chanté à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026. C’était comment ?
J’étais très enthousiaste parce que j’interprétais quelque chose que je n’avais jamais chanté de ma vie. La dernière fois que j’ai regardé les JO, c’était ceux de Paris et je me rappelle encore la chair de poule que j’avais. J’espère ressentir la même chose quand des Italiens gagneront ! J’avais hâte d’y être et de chanter pour tous ceux qui consacrent leur vie au sport, moi qui n’aime pas en faire (rires) ! Je préfère utiliser mon micro plutôt que des appareils de musculation. Mes muscles, ce sont mes cordes vocales. Mais j’ai la même discipline dont font preuve ceux qui se préparent pour des JO.
Qui a eu l’idée du musée qui vous est consacré dans votre maison d’enfance à Solarolo ?
Mon père ! Il est complètement fou ! Il est venu me voir en me disant qu’on avait un énorme fan-club depuis bientôt 30 ans et que les gens avaient besoin d’un endroit à visiter pour se sentir proches de moi. Il m’a proposé d’ouvrir notre maison, celle dans laquelle je suis née et dans laquelle j’ai vécu avec mes parents jusqu’à mes 18 ans. Il y a une salle dédiée aux concerts avec ma première tenue de scène de 1993. On a exposé mes guitares, mes micros, mon premier permis de conduire, mes diplômes, mes souvenirs d’école, mes journaux intimes, des cadeaux reçus de fans du monde entier… Je vois mes fans si heureux quand ils sont dans le musée. J’espère que ce sera un lieu de joie et de bonheur pour beaucoup de monde.

